Ruée sur le biogaz, et après ?, Actualités générales
Le salon Biogas Europe s'est tenu à Nantes les 29 et 30 janvier et sa bonne fréquentation témoigne de l'enthousiasme actuel pour la méthanation, un engouement qui suscite quelques interrogations, notamment celle du financement de la filière.
C'est sur ce sujet de l'évolution des mécanismes de soutien qu'une conférence a été organisée le 29 janvier au sein du salon. Pour cette série d'interventions, la salle était pleine, preuve que le sujet intéresse et préoccupe, même si l'acteur principal et décideur, la DGEC (Direction générale de l'énergie et du climat du ministère de la Transition écologique) avait annulé sa participation.
Une annonce qui a engendré la ruée
Ce sont donc les acteurs de la filière qui ont présenté les évolutions et en particulier l'excitation qui a caractérisé l'année 2019. " Cette fugue fait suite à l'annonce par l'État d'une prochaine baisse des prix du biométhane (1) "Présente Hélène Bérault, animatrice de l'Association des producteurs français de méthane (AAMF). Cette annonce, jugée" absurde "par l'industrie, a provoqué une précipitation à la signature des contrats, pour pouvoir bénéficier des prix actuels.
Christophe Bellet, de GRDF, en a donné l'illustration quantifiée: fin 2019, 123 sites de production de biogaz avec injection dans le réseau étaient en service en France (dont 86 agricoles (2)). La capacité totale connectée au réseau est de 2 TWh / an (1 235 TWh / an effectivement injectés). Mais dans la liste d'attente, dans les opérateurs & # 39; portefeuilles, pas moins de 1 085 projets sont présents, avec une capacité totale de 24 TWh / an. En un an, les objectifs de 7 ans de PPE (Programmation énergétique pluriannuelle) ont été dépassés!
Opérateurs occupés, flambée des prix
Cette congestion des projets, si c'est une bonne nouvelle pour le secteur et pour l'environnement, pose question: déjà, sur le terrain, on observe une augmentation des coûts de construction de 20 à 40%, les opérateurs étant débordés; tous les ouvrages seront-ils construits d'ici trois ans (pour bénéficier des «anciens prix»)? ; et tous les travaux seront-ils de qualité?
La question se pose également de la manière suivante: la DGEC aurait évoqué un prix d'achat du biogaz de 60 € / MWh (nous sommes aujourd'hui autour de 105 €), et pourrait évoluer vers un système régulé par appels d'offres (comme pour le photovoltaïque). Pour Florian Christ, agriculteur représentant l'AAMF, " personne ne vit avec 60 € / MWh ".
Une prime aux effluents économisée
Dans ses négociations avec l'Etat, le secteur a réussi à "économiser" une prime supplémentaire, liée à l'utilisation d'une part importante de fumier de bétail. Mais n'a pas réussi à passer une prime "Cive" (cultures intermédiaires à vocation énergétique) et le regrette profondément car " la majorité des projets sont basés sur Cive. Si l'État ne veut pas en tenir compte, c'est surtout parce qu'il ne peut pas les contrôler! ".
Florian Christ et ses collègues de l'AAMF reconnaissent cependant des progrès positifs dans le nouvel EPI, avec l'annualisation du tarif et la suppression de la Cmax (Capacité maximale d'injection). Mais il est clair qu'avec la nouvelle tarification, la digestion anaérobie après 2020 semble moins rentable qu'auparavant.
Retrouver la rentabilité?
Mais le secteur n'a pas dit son dernier mot: car, contrairement au photovoltaïque ou à l'éolien, la digestion anaérobie est loin de se limiter à la production de biogaz. Le secteur travaille ainsi à faire reconnaître d'autres externalités positives pour la communauté et qui pourraient justifier un soutien: limitation des émissions de gaz à effet de serre, protection de l'eau, gestion des déchets, résilience des exploitations agricoles, etc.
D'autres idées émergent, plus originales. Christophe Bellet, de GRDF, a ainsi évoqué la norme RE 2020, qui s'appliquera au BTP, et qui demande notamment à toute nouvelle construction de prévoir une part d'énergies renouvelables dans son mix thermique. " Cela nécessiterait que chaque bâtiment ait sa propre pompe à chaleur ou ses propres panneaux solaires ".
Christophe Bellet imagine une alternative à la prolifération de ces petits équipements: que les industriels puissent les surmonter en achetant des «équivalents» en biogaz! " Nous travaillons sur cette hypothèse avec les pouvoirs publics. Ce système pourrait financer l'équivalent de 50 méthaniseurs par an. "
(1) Les prix futurs n'ont pas encore été officialisés. Le nouveau PEP devrait entrer en vigueur dans les prochaines semaines.
(2) Les autres sont industriels, issus des déchets ménagers et des déchets des stations d'épuration.